L'Argent de tant de temps !!
Tant de temps, tant de temps à s’aimer, à faire des folies, à échafauder des rêves, à mettre au monde une marmaille hétéroclite. Tant de temps à s’occuper des enfants, à travailler pour faire vivre cette famille, à courir à gauche et à droite. Tant de temps à faire des concessions, à surmonter les coups durs, à se blesser parfois, à se renier peut-être.Nous venons de fêter dignement les cinquante années de mariage de mes parents, une chambre pour la fin de semaine dans une auberge, un messe avec ma fille au piano, chacun des enfants a fait une lecture , une réception suivi d’une montage de photos commenté avec musique des cinquante années passées. Tous les gens présents à ces Noces d'Argent ; enfants, petits-enfants , sœurs, frères, et amis de mes parents , tous ont eu de beaux moments d’émotion palpable. Une vrai belle journée avec plein de témoignage d’amour; ce genre de journée qui nous réconcilie avec la vie, avec l’amour. Une journée ou même la radio semble coopérer, ou les oiseaux semblent chanter plus fort, ou les papillons semblent venir voir ce qui se passe.Une journée ou chaque regards nous porte à se serrer dans les bras.
Je ne fêterai jamais cinquante années de mariage, j’y ai mis fin après 22 années. Je ne regrette pas ma décision mais je me suis questionné. Je dois dire qu’à mon avis à certains moments de leur vie je crois que la séparation aurait été raisonnablement envisageable pour eux. Mais eux en ont décidé autrement, comme disait mon père, il a toujours été un tenace. Il a toujours démontré une détermination hors du commun, il terminait toujours ce qu’il entreprenait malgré les épreuves, les difficultés, malgré les obstacles. Je crois que pour réussir à vivre avec quelqu’un cinquante ans il faut se sacrifier jusqu’à un certain point, c’est à dire sacrifier une partie de son individualité pour l’autre. Il faut aussi une forme de foi inébranlable aux valeurs de pérennité, et de persistance du mariage.
Je crois que bientôt ,il n’y en aura plus de telle fêtes. La croyance ferme à ces valeurs n’existe plus, cet idéal de vie « à la vie , à la mort » , ne tiens plus la route. Notre conscience comme individu mortel et temporaire ne permet plus vraiment de donner de la valeur à cet idéal. Nous avons une perception de l’univers différente, du sens de la vie différent, de la fragilité de notre survie même. Les enfants apprennent assez tôt de nos jours que leur parents ne sont pas la fin du monde, les parents comprennent aussi que leurs enfants ne leur appartiennent pas.
Mais la famille comme entité en souffre énormément, la famille comme boué de survie en perd des plumes. Les gens ne tolèrent plus de souffrir et comme une famille génère immanquablement des souffrances à différents niveaux alors on s’en éloigne trop facilement. Avant la famille était immuable, incontournable, c’était le paradis et l’enfer en même temps. La famille malgré tout demeurait le refuge , le port ou s’abriter durant les tempêtes. De nos jours on la remplace par des organismes d’écoute, des psychologues. Ceux-ci ayant l’avantage discutable d’être impartial et sans mémoire. Cet avantage parfois s’avère à mon avis trop souvent un désavantage, les consultants sont plus conciliants que la famille. La famille est implacable et ne souffre pas la demi-mesure , la famille de par sa mémoire ne laisse pas place au faux-fuyants, on ne passe pas n’importe quelle excuse face au jugement de la famille. C’est comme un vrai ami; la famille parfois maladroitement , sinon franchement brutalement vas dire des vérités qu’on ne veux pas entendre , qui font mal mais qui doivent être affrontées. L’amour filial se construit de ces heurts, de ces écueils, de cette connaissance profonde de nos forces et nos faiblesses, de ces moments difficiles mais aussi de tous ces moments de joies , de plaisirs, de complicité.
La famille dans des moments comme je viens de vivre , je l’aime fort et grand comme la Terre.
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